Le nom de Peugeot est ancré dans le Pays de Montbéliard depuis le 18e siècle. En 1811, les frères aînés Peugeot, Jean-Frédéric II et Jean-Pierre II, établissent dans le moulin paternel de Sous-Cratet, à Hérimoncourt, une fabrique d’objets en acier laminé. Cet atelier d’étirage, de laminage à froid et de trempe de l’acier - métal alors peu utilisé - produit d’abord des ressorts pour l’horlogerie et des lames de scies. Cette fabrication annonce la réussite des diverses sociétés Peugeot, qui se succèdent ou se concurrencent au cours du 19e siècle en produisant, au gré des recherches, des innovations, des modes et des goûts, toute une gamme de produits à la marque au lion : outillage, articles de quincaillerie et de serrurerie, pièces d’horlogerie, moulins à café et à graines, produits tréfilés (baleines de parapluie, buscs de corsets) et enfin, cycles, motocycles et automobiles.
Une dizaine d’usines se sont implantées dans le Pays de Montbéliard (Valentigney, Audincourt, Hérimoncourt, Mandeure, Pont-de-Roide et Sochaux) et six d’entre elles poursuivent encore une activité de production liée totalement ou partiellement à l’industrie automobile. Seules ont disparu la fabrique originelle de Sous-Cratet à Hérimoncourt et l’usine des Roches à Seloncourt, active de 1923 à 1938 pour Peugeot et Cie.
L’abondante main-d’œuvre requise dans ces usines de transformation du métal a généré un important patrimoine immobilier résidentiel, caractérisé par une trentaine de cités ouvrières. Parfaitement identifiables dans le paysage actuel, elles ont permis le développement de quartiers autour des centres-bourgs, échelons intermédiaires précédant les zones péri-urbaines de l’après seconde guerre mondiale.
Des propriétés patronales ont été édifiées par différents membres de la famille entre 1850 et 1910 à Valentigney, Audincourt, Hérimoncourt et Seloncourt. Des architectes locaux sont associés à ces constructions, tels Albert Salomon, Fleury de la Hussinière ou Jean Walter, qui fournit les plans d’un immeuble situé place du Général de Gaulle à Montbéliard, orné de reliefs en grès représentant un lion de profil posé sur une flèche.
Dès le milieu du 19e siècle, les sociétés Peugeot se distinguent par une tradition d’innovation sociale : caisses de secours mutuels en 1853, pensions puis cotisations de retraite en 1876, allocations familiales en 1917, service médico-social en 1925, etc. Des équipements spécifiques sont créés à cet effet autour des usines : hôpitaux, cercles, bains-douches. Si l’on prend en compte les multiples aspects que revêt le patrimoine industriel dans le Pays de Montbéliard, on peut estimer que près de 40 % du total relève du monde Peugeot, bâti par ou pour lui.
Raphaël Favereaux, chercheur. Région Bourgogne-Franche-Comté, Service Inventaire et Patrimoine, 1995-