Patrimoine en Bourgogne-Franche-Comté
Présentation
Bienvenue sur le site de l'Inventaire général du patrimoine de la région Bourgogne-Franche-Comté !

Fondé en 1964 par André Malraux, ministre de la Culture, décentralisé en région par la loi n° 2004-809, l'Inventaire général du patrimoine culturel « recense, étudie et fait connaître les éléments du patrimoine qui présentent un intérêt culturel, historique ou scientifique ».

 

Depuis sa création en 1967, le service de l'Inventaire de Bourgogne-Franche-Comté étudie bâtiments et objets suivant une approche territoriale ou thématique. 20 000 dossiers et 140 000 photographies issus de ces études sont en ligne.

Image du jour
Face avant, de trois quarts gauche.
Lumière sur

Le cinéma est installé sur le site de l'ancien hôtel-Dieu de Cosne. Cet établissement, situé entre deux bras du Nohain, est attesté dès la fin du 15e siècle. Il comportait à proximité de la route une chapelle, bénie le 31 mai 1752 et dédiée à saint Lazare. Porté sur le plan cadastral de 1834, il est alors en mauvais état. Il est d'ailleurs abandonné en 1847, à la suite de l'inondation du 19 octobre 1846, et sera remplacé en 1855 par un nouvel hôpital (au 96 rue du Maréchal Leclerc). Bâtiments et terrains sont vendus en 1854 et 1855 à des particuliers et aux forges impériales de la Chaussade pour y construire des entrepôts. Le site passe ensuite (en location ?) à Pierre Lapeyre, "entrepreneur de démolition à Paris" (avenue de Saint-Mandé), lequel fait bâtir en 1892, à l'emplacement de la chapelle, un cercle militaire destiné aux officiers et sous-officiers du 85e régiment d'infanterie. La Ville l'achète en 1905 à la SA des Forges et Clouteries françaises, rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris, représentée par ses liquidateurs Léon Delmas, Clément Dumont et Alexis Trapenard. Elle souhaite y faire construire une école mais ce projet demeurant sans suite, elle loue le lieu aux fabricants de chaussures Laforge et Pissot. Elle le revend le 29 octobre 1910 à un autre fabricant de chaussures, la société Dressoir.

Un temps réquisitionné par l'armée à la fin de 1914, l'ancien cercle est loué par un "tourneur", Emile Pluviaux (Lays-sur-le-Doubs 28 novembre 1867-Cosne 30 août 1940), forain à la tête d'un cinéma ambulant et propriétaire d'un établissement fixe à Mourmelon (Marne). Après rénovation, l'Eden-Cinéma Cosnois ouvre le samedi 16 janvier 1915. Il comprend une "grande salle pour réunions" de 300 places (400 places seront annoncées au milieu des années 1920 pour la salle de cinéma) et un café, avec terrasse et jardin ombragé accueillant des concerts. Le 28 avril 1917, Pluviaux achète le bâtiment à la société en nom collectif pour la fabrication des chaussures Dressoir Pemartin Pulm et Cie, établie à Paris (au 18 rue du Général Lasalle). Il lui ajoute, à l'ouest, une salle de bal de 500 places (dotée d'une buvette et d'une galerie à l'étage), inaugurée le 25 septembre 1921. L'incendie du théâtre le 15 décembre 1922 conduit la municipalité à examiner la question de la sécurité du cinéma. L'architecte municipal, Fernand Boussard, rend son rapport le 5 janvier 1923 et le propriétaire n'exécutant pas les travaux demandés, le maire prend le 15 novembre 1923 un arrêté de fermeture de l'établissement (sans effet, sinon la construction de la passerelle donnant accès à l'impasse de l'Annonciade ?).

Pluviaux décide de repartir à Mourmelon et il vend le 10 mars 1924 son fonds de commerce de cinéma, bal et café à Mme Eugénie Plumard, épouse du représentant de commerce Albert Galais, qui le cède le 2 février 1926 à Georges Cuissard (Paris 7 juin 1881-16 décembre 1944), demeurant rue de la Loire à Briare. L'acte de vente mentionne les enseignes Eden Cinéma et Café du Colysée, la clientèle, le droit au bail consenti par M et Mme Pluviaux le 10 mars 1924, les objets mobiliers et le matériel (à l'exception d'une turbine) dont "dans la cabine cinématographique : un groupe complet avec son matériel, un transformateur de 220 volts, son rhéostat de champs, un tableau départ complet pour ligne électrique, une résistance, un voltmètre, un ampèremètre, une lanterne et deux appareils cinématographiques, dont un de rechange, une enrouleuse, treize bobines, un extincteur d’incendie [...] Scène du cinéma : trois décors complets, cinq sortes de fonds et une échelle double [...] Salle de cinéma : un piano à queue Erard et son tabouret, sièges complets, cinq portes et fenêtres garnies de velours, un poêle et ses tuyaux [...]" Une pergola est créée en 1928 à l'avant du bâtiment. Cuissard et son gendre, Roger Dubois, convertissent l'établissement au parlant en 1931. Le 6 janvier 1933, Cuissard achète à Pluviaux (à la tête, avec son associé Pernot, du Tivoli-Cinéma, 4 rue Général Gouraud à Mourmelon-le-Grand) l'ensemble des bâtiments abritant le cinéma, soit : "salle de spectacle avec scène et arrière-scène", cuisine, terrasse, "salle de café et grande salle de bal avec galeries et balcon", pont, grenier, petite cour, cour avec pergola. Il acquiert aussi une partie de ceux au 4 rue Saint-Agnan (appartement) et "une petite remise avec turbine". En 1934, il acquiert 259 sièges des Ets Bertrand Faure, de Puteaux (Hauts-de-Seine), et en 1935, il fait moderniser le site par l'architecte Roger Charton, qui sera directeur des travaux de la Ville à partir du 1er janvier 1936. Charton est l'auteur de la façade Art déco ornée des inscriptions encadrant la fenêtre centrale : Eden-cinéma (en arc de cercle) au-dessus et café dancing au-dessous (au lieu de la maxime initialement prévue : Instruire en distrayant). Equipé de 529 sièges fournis par les Ets Bertrand Faure, de Puteaux, le nouvel établissement est inauguré le 11 avril 1935. Il est signalé par l'Annuaire général du Spectacle en France 1942-43 comme cinéma de 500 places équipé en 35 mm, et dispose d'une scène de 6,5 m sur 5 m (il était répertorié en 1930 comme Théâtre-Eden-Cinéma).

La salle de bal est acquise, le 3 juillet 1972, par la Ville qui décide, le 26 juin 1973, de la faire reconstruire suivant le projet de l'architecte Gérard Brunet, de Bourges, et de l'ingénieur Marc de Goulet, de Cosne. Ce sera une salle de 20 m sur 15, d'une capacité de 360 places assises, 230 en configuration banquet ou près de 900 en dancing, avec une scène de 9 m sur 5, deux loges d'acteur, un balcon de 98 places assises. L'entreprise Filardo, de Fourchambault, également chargée du gros-oeuvre, débute la démolition à partir de septembre 1975. La salle ouvre le 2 octobre 1976, puis est inaugurée le 27 novembre suivant. Le cinéma est rénové en 1973 et sa façade est ravalée en 1977.

L'établissement est acheté le 18 juillet 1988 aux descendants de Cuissard par la Ville, qui en laisse la gérance à la société Vega, de Jean-Jacques Mary (laquelle exploite également ceux de La Charité-sur-Loire, Clamecy, Château-Chinon, Decize et Luzy), à laquelle succède Daniel Riotte à la fin de 1992. Les deux projecteurs Philipps FP 5 sont remplacés en août 1993 par un Cinemeccanica Victoria 5, avec lampe Xenon de 2 500 W. Le bâtiment est remanié en 1994 suivant le projet de l'architecte parisien Jean-Claude Pourtier, spécialisé dans ce type d'établissement : la salle est rénovée, l'escalier extérieur donnant accès à la cabine de projection supprimé de même que les deux édicules encadrant la grille, la partie gauche aménagée en salon ("café cinéma") de 52 places. Le cinéma rouvre le 2 novembre 1994 et il est inauguré le 1er juin 1995. il est doté en septembre 1998 d'une deuxième salle (équipée d'un projecteur Kinoton FP 25), financée par D. Riotte et remplaçant l'ancienne scène. Il totalise alors 384 places : 276 (dont 96 au balcon) dans la salle 1, 108 dans la 2 (l'aménagement d'une troisième salle, de 85 places, dans l'appartement à l'étage est un temps envisagé).

La façade et la grille sont protégées au titre des Monuments historiques (inscription) le 28 avril 1999 (un premier avis favorable, rendu le 11 décembre 1985, était resté lettre morte face à l'opposition des propriétaires d'alors) et il est labellisé Patrimoine XXe siècle en 2005. L'équipement est passé au numérique en 2001-2002 : le projecteur Cinemeccanica Victoria 5 (n° 05935271), muni d'une lanterne Zenith X 4000H (n° 04093659) et d'un moteur ICM (Industria Costruzioni Meccaniche, fabriqué à Milan en février 1993) de la salle 1 est remplacé par un NEC 2000 C (mais il est conservé et exposé dans la salon) tandis que le Kinoton FP 25 (avec dérouleur vertical) de la salle 2 cède la place à un NEC 1200. En 2019, le cinéma compte 312 fauteuils, répartis entre les salles 1 (204 places, dont 80 au balcon) et 2 (108 places).

Elévation principale, en 2001.