Patrimoine en Bourgogne-Franche-Comté
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Lumière sur

La construction de l'Hôtel des Bains est liée à celle de l'établissement thermal et du casino-restaurant de la Compagnie des Bains salins de la Mouillère.

Création de la Société anonyme du Grand Hôtel des Bains salins

Le 30 septembre 1891, Charles Savoye acquiert un terrain appartenant à François-Théodore Vermot, entrepreneur de travaux publics, et à son épouse Juliette-Léontine Flusin, à l'ouest de la rue des Chaprais (actuelle avenue Sadi Carnot). Le terrain d'une superficie de 12 ars et 65 centiares est décrit par l'architecte Marcel Boutterin en annexe des statuts de la Société anonyme du Grand Hôtel des Bains salins de Besançon-Mouillère. Il fait partie d'un "immeuble" que l'on propose d'identifier avec la demeure de style "chalet" visible sur un cliché d'A. Le Blanc daté du 6 septembre 1892.

Charles Savoye est le fils d'un horloger suisse. La Maison Savoye Frères et Compagnie est alors établie au 7 square Saint-Amour. Charles Savoye est à l'origine de la Société anonyme du Grand Hôtel des Bains salins de Besançon, créée le 16 novembre 1892 avec son principal associé, le banquier bisontin Marie-Aimé-Albert Jacquart. La société a une durée de quinze ans, elle est dotée d'un fond social de 500.000 francs. Savoye apporte à la société le terrain (au prix estimé à 47.500 francs) ainsi que 182.500 francs, soit au total 230.000 francs (23 actions). Marie-Aimé-Albert Jacquart apporte quant à lui 180.000 francs (18 actions) et devient le premier président de la société. Huit autres associés détiennent une ou deux actions de 10.000 francs. Parmi eux, Eugène Savoye, Jean-Claudius Gondy et Alfred Graa sont fabricants ou négociants en horlogerie, et Émile Ledoux est docteur en médecine.

Construction de l'hôtel (1892-1893)

L'objet de la société est la construction et la gestion d'un Hôtel des Bains, à proximité du casino-restaurant et de l'établissement thermal. Dès le 8 octobre 1890, avant même l'acquisition du terrain et la création de la société, l'architecte Boutterin signe l'avant-projet d'un hôtel composé de deux corps de bâtiment disposés perpendiculairement. Le corps principal est prévu le long de l'avenue des Chaprais (actuelle avenue Carnot) mais son entrée se situe sur la façade orientale, côté jardin. Il doit comprendre un niveau de soubassement pour les services, un rez-de-chaussée surélevé avec deux salles à manger et deux salons, trois étages carrés et un étage de comble. Un grand escalier "à l'impérial" (une volée centrale, un repos central, deux volées divergentes, deux repos et deux volées parallèles) doit occuper le centre du corps principal. Le dessin de l'avant-projet trahit l'hésitation de l'architecte quant à la hauteur à donner à l'aile sud, car elle crée une ombre dans le jardin. Elle comprend des chambres et un salon au rez-de-chaussée surélevé.

Le projet définitif date de l'été 1892. L'aile sud est abandonnée et le corps principal adopte un plan en H. La hauteur de l'édifice est réduite d'un étage. L'architecte prévoit l'entrée principale sur la façade ouest, côté avenue. Le perron donne accès au rez-de-chaussée surélevé. À l'intérieur, l'escalier est simplifié et déporté vers le nord, ce qui permet de créer un vestibule central donnant directement sur la grande salle à manger. Les autres pièces communes de ce niveau sont rassemblées au sud : petite salle à manger, salon de billard et enfin grand salon, qui semble avoir été doté d'une scène pour les spectacles. Les chambres sont dans les étages.

Le travail de l'architecte est documenté par une série de dessins, datés du 27 août 1892 au 26 octobre 1895. Plusieurs photographies de l'entreprise A. Le Blanc provenant de la collection de la famille de l'architecte rendent compte de l'avancée du chantier. Les fondations sont réalisées le 1er octobre 1892, les murs s'élèvent à partir de novembre, la charpente est posée en avril 1893. Le gros œuvre semble terminé sur la photographie du 6 juin 1893. La cheminée de la salle à manger porte la date de MDCCCLXXXXIII (1893) ainsi que la signature de l'architecte. Après l'inauguration de l'hôtel, les travaux se poursuivent. La marquise du restaurant n'est en effet construite qu'en 1895. Le mur de clôture qui aurait dû fermer la cour, côté avenue, n'est semble-t-il jamais construit.

Décoration de l'hôtel (1893-1894)

L'architecte conçoit également les décors intérieurs des pièces communes du rez-de-chaussée, comme le montrent plusieurs de ses dessins. Le vestibule et la grande salle à manger ont conservé leurs boiseries d'origine, repeintes toutefois en blanc. La petite salle à manger (à l'angle sud-est) et le grand salon (à l'angle sud-ouest) ont en revanche été transformés. Entre ces deux pièces, un salon de billard était orné d'un décor inspiré de l'art hispano-mauresque, d'où son nom de "salon mauresque". Son décor intérieur est perdu, mais la petite marquise de la façade sud, partiellement conservée, évoque encore le style de ce salon.

Vue d'ensemble depuis l'avenue Édouard Droz.