Patrimoine en Bourgogne-Franche-Comté
Présentation
Bienvenue sur le site de l'Inventaire général du patrimoine de la région Bourgogne-Franche-Comté !

Fondé en 1964 par André Malraux, ministre de la Culture, décentralisé en région par la loi n° 2004-809, l'Inventaire général du patrimoine culturel « recense, étudie et fait connaître les éléments du patrimoine qui présentent un intérêt culturel, historique ou scientifique ».

 

Depuis sa création en 1967, le service de l'Inventaire de Bourgogne-Franche-Comté étudie bâtiments et objets suivant une approche territoriale ou thématique. 20 000 dossiers et 140 000 photographies issus de ces études sont en ligne.

Image du jour
Façades antérieure et latérale.
Lumière sur

Une implantation difficile

En 1592, la Compagnie de Jésus demande l’autorisation de fonder un collège de jésuites à Salins. Le magistrat s’y oppose, de même qu’il refuse de leur confier en 1610 la direction du collège de la ville. En 1619 de nouveau, les pères jésuites postulent face aux oratoriens pour obtenir la charge du collège, en vain. Par testament du 9 mars 1621, le seigneur d’Aresches institue pour héritiers universels les pères jésuites de Dole, à charge pour eux d’implanter une maison de leur ordre à Salins. Ce legs incite le magistrat de la ville à autoriser en 1623 leur installation, d’autant que Billard de Raze, reçu " habitant de Salins " et anobli en 1618, lègue aux jésuites la maison dite de la Charité et une dotation en nature de 4000 florins. Pourvu de dépendances, cet ancien hospice de l'abbaye cistercienne de Neuvelle-lès-la-Charité est situé au centre de la ville, au nord de l’église Saint-Jean. Les jésuites y implantent peu après un noviciat, une " maison de probation pour les profès de 3e année de la congrégation ", qui ne sera jamais élevé au rang de collège.

En 1661, les pères jésuites, prétextant que leur église est " trop petite et mal appropriée ", demandent l’autorisation d’occuper la chapelle Notre-Dame-Libératrice, ce que la ville leur refuse. En 1663, le père Witt, jésuite et fondateur d’une importante confrérie d’artisans de la ville, formule le vœu d’implanter un hôpital dans la maison du Temple, appartenant à l’ordre de Malte, requête également repoussée.

 Un nouveau noviciat

Les jésuites souhaitant construire une chapelle et un corps de logis, un traité est signé en 1683 avec la ville, celle-ci leur cédant " une petite ruelle publique conduisant à la tour Dorée étant entre leur maison et les Ursules ". La chapelle pourrait avoir été achevée en 1691, et les bâtiments du nouveau noviciat en 1701. Le dénombrement des habitants de Salins de 1687 atteste la présence de cinq pères jésuites. Un arrêt du conseil d’Etat du 27 août 1700 les autorise à démolir la partie de l’ancienne enceinte longeant leurs jardins et vignes, à condition qu’ils reconstruisent " à leurs frais un nouveau mur de clôture suivant les plans et profils de Vauban et les alignements qui leur seraient donnés par les ingénieurs ". Joignant Châtel-Guyon à l’église Saint-Michel, le tracé prévoit un bastion avec fossé, justement renommé bastion des jésuites. Les travaux se poursuivront jusqu’en 1707. Dans la première moitié du 18e siècle, le noviciat est agrandi par la construction d'une aile en retour, au sud.

Expulsion des jésuites : un nouveau collège pour la ville

Un édit royal de novembre 1764 prononce l’expulsion de la communauté jésuite. En 1766, l’assemblée de la ville vote à l’unanimité l’acquisition de leur maison pour y établir le collège tenu par les oratoriens, dont les bâtiments sont en mauvais état. Début 1767, le noviciat de jésuites est acquis par la ville pour la somme de 36 000 livres, et les bâtiments du collège cédés à Richard Chaudouet, officier du présidial, pour 15 000 livres. Les Frères de l’oratoire dirigent le collège jusqu’à la Révolution française. Dressé en 1790, l’inventaire des biens mentionne l'église, comprenant deux chapelles dédiées à Saint François Xavier et Saint-Nicolas, la sacristie, le réfectoire, la cuisine, les meubles des chambres (10 lits et 50 chaises) et une bibliothèque (1258 volumes).

L’enseignement secondaire

Le collège fonctionne pour l’année 1790 avec une dotation de 1200 livres, et emploie un supérieur, un préfet des études et professeur de philosophie, un professeur de rhétorique et d’humanité, et deux régents pour les classes de 3e-4e et 5e-6e. Arrêté peu après, l’enseignement y reprend en 1797 avec six enseignants. Le décret napoléonien du 13 mai 1803 affecte au collège les mêmes locaux. L’établissement accueille 110 élèves externes en 1803 et 157 élèves en 1810. Une chaire de philosophie est instituée en 1821. En 1823, la toiture de la chapelle subit quelques travaux (" réparation de la couverture des voûtes derrière le cul de lampe "). Cette chapelle est occupée dans le premier quart du 19e siècle par une salle de spectacle, avant d’être rendue (avant 1831) à sa destination première. Elle sert ensuite pour les besoins de l’école Normale, implantée à Salins en 1835. Sa chaire à prêcher est vendue en 1848. En 1843, la ville vote un budget de 11 920 francs pour la dépense annuelle du collège. A partir du 1er janvier 1846, la ville décide d’annexer au collège son école primaire supérieure, qui était auparavant confiée à la société des Frères de Marie. Divers devis sont fournis par l’architecte Perrard en 1845 et 1847 pour des projets d’agrandissement et d’appropriation dans le collège. Après le départ de l’école Normale en 1850, l’ancienne chapelle est convertie (en 1855 ?) en musée, et un étage est construit (niveau des hautes baies en plein-cintre) pour accueillir la bibliothèque municipale et les archives. En 1873, le collège compte 89 collégiens (10 enseignants en 1880), ainsi que 55 élèves du cours primaire. Le collège de garçons de Salins est baptisé "Collège Considerant" en 1930.

La reconversion

Des salles de classe sont aménagées après la Seconde Guerre à l’étage de la chapelle, laquelle sert de gymnase. Le collège est transféré en 1966 dans un nouveau bâtiment construit au nord de la ville, et les locaux restent une dizaine d’années sans affectation. En 1977, l’architecte Michel Raclot, qui avait travaillé à la réhabilitation du couvent de la Visitation, présente un avant-projet pour la conversion de l’ancien collège. Le programme, exécuté en 1980 et 1981, prévoit l’installation d’une école primaire et maternelle (école Voltaire), comprenant une construction ex nihilo entre l’aile sud et l’ancien couvent des clarisses, avec cantine et logement de fonction, et l’aménagement de dix logements sociaux dans le bâtiment du noviciat. Une loge (conciergerie ?) située contre le mur sud de la chapelle a été supprimée à cette période. La chapelle a servi de local associatif (salle de gymnastique) et est aujourd’hui occupée par une compagnie de théâtre de rue. Son étage de soubassement a également servi aux activités associatives dans les années 1980.

Aile ouest. Palier de l'escalier de distribution intérieure.