Dossier d’œuvre architecture IA25001964 | Réalisé par
Dufoulon Fabien (Contributeur)
Dufoulon Fabien

Fabien Dufoulon, chercheur. Région Bourgogne-Franche-Comté, Service Inventaire et Patrimoine, 2018-

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  • enquête thématique régionale, thermalisme en Bourgogne-Franche-Comté (le)
casino et restaurant
Œuvre étudiée
Auteur
Copyright
  • (c) Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Bourgogne-Franche-Comté
  • Commune Besançon
  • Adresse 1 esplanade Jean-Luc Lagarce , 1 avenue Édouard Droz
  • Cadastre 2023 CW 280

L'histoire du casino-restaurant et de sa salle des fêtes est liée à celle de l'établissement thermal de Besançon.

Constitution de la Compagnie des Bains salins de la Mouillère (14 janvier 1891)

Les statuts de la Compagnie des Bains salins de la Mouillère sont déposés par Achille Vialatte le 14 janvier 1891. Il s'agit d'une société anonyme, régie conformément à la loi du 24 juillet 1867. Ses objets sont l'acquisition d'un terrain à Besançon et la construction d'un "établissement balnéaire et hydrothérapique" et d'un casino doté d'une salle des fêtes. Viallate apporte à la société, en plus des promesses de traité avec la Ville de Besançon et la Compagnie des Sels et Salins de Miserey, deux propriétés foncières acquises de Marie Cécile Clerc, veuve Louvot, le 5 février suivant ("une maison d'habitation de construction récente mixte en forme de chalet" et "un autre chalet avec serres et constructions diverses", "le tout d'une contenance de 12 ares environ et clos de tous côtés par un mur") et surtout une promesse de vente d'un terrain à la Mouillère "derrière la promenade Micaud, appartenant à Monsieur Le Roux, confinant au nord à la rue de la Mouillère [...] et au sud à l'avenue de la gare de la Mouillère, le tout présentant une surface de 90 ares environ, d'un seul tenant". C'est sur ce terrain que sont construits l'établissement thermal et le casino-restaurant. Viallate est nommé président du conseil d'administration pour une durée de trois ans.

Le capital de la Compagnie est de 900.000 francs, correspondant à 1.800 actions de 500 francs en 1891. L'année suivante, une nouvelle émission de 200 actions augmente le capital, qui atteint un million de francs. Les échanges autour d'une subvention à accorder lors de la séance du conseil municipal du 27 mars 1907 précisent que les 983 détenteurs d'actions n'ont rien gagné dans l'opération ("Le capital ne s'élève qu'à un million de francs représenté par 2.000 obligations de 500 francs. Ce capital peut être considéré comme perdu, puisque les actionnaires n'ont jamais rien touché"). Comme le coût de l'achat des terrains et de la construction atteint 2.200.000 francs, la Compagnie doit émettre en parallèle 24.000 obligations de 500 francs à 5 %, ce qui constitue un capital-obligations de 1.200.000 francs. Parmi les 665 premiers actionnaires, on trouve l'architecte Maurice Forien (qui détient dix actions, et qui deviendra plus tard président du conseil d'administration), le directeur des salines de Miserey ainsi que que plusieurs hôteliers, médecins, pharmaciens et horlogers. De nouvelles émissions d'actions ont lieu en 1898 (4.000 actions de 25 francs), en 1924 (1.500 actions de 100 francs) et en 1926 (300 actions de 100 francs).

Construction du casino-restaurant (1891-1892)

Le projet est élaboré par l'architecte Maurice Forien. La façade de la salle des fêtes porte sa signature, ainsi que la date d'inauguration (1892). Ni les archives de la compagnie, ni celles de l'architecte ne sont localisées. Celles de l'entrepreneur Pateu sont en revanche conservées (Arch. dép. Doubs, 162 J 166). Elles contiennent notamment des devis signés de mars et avril 1891 avec des indications sur les matériaux que l'on compte alors utiliser. Elles permettent également de connaître les noms des entreprises qui interviennent, comme celle de Th. Sauvanet à qui Pateu sous-traite une partie de la construction.

Les pilastres, les corniches et les encadrements d'ouvertures doivent être en pierre de Chailluz. Pour le parement, il est prévu d'utiliser la "brique d’Altkirch ou d’Ivry-Port" (Grande Tuilerie d’Ivry, création d’Émile Müller à Mulhouse puis à Ivry, reprise à sa mort en 1889 par son fils Louis). Dans un devis spécifique relatif au "jardin d'hiver" dit aussi "marquise fermée" (salle de bridge), il est en revanche question de briques pressées de Montchanin et de briques émaillées de la maison Müller. Les colonnes en fonte de ce jardin d'hiver sont de l'entreprise d'Antoine Durenne à Sommevoire (signature). La charpente du casino-restaurant est construite en bois. La toiture doit être couverte de "tuiles ardoisées" d'une seule couleur, sauf au-dessus de la façade du restaurant ("Les ardoises pourront être de deux teintes différentes pour former les dessins à losange ou rectangulaire [... et ainsi créer l'effet d'une] couverture à deux tons noir et bleu formant dessin régulier"). La tuile sélectionnée est le modèle n° 1 losangé de la première planche du catalogue (1884) de la maison Gilardoni Frères à Altkirch. Les travaux de zinguerie sont confiés à l'entreprise Raffour Frères (mémoire au 1er novembre 1892, compte au 31 décembre 1893). Les ornements en zinc estampé doivent être "pris sur l’album de la Maison Coutelier à Paris ou traité de gré à gré avec ce fournisseur".

Exploitation des jeux par la Compagnie des Bains salins de 1892 à 1931

Le casino-restaurant et la salle des fêtes sont exploités par la Compagnie des Bains salins de la Mouillère jusqu'en 1931.

L'édifice est un lieu de divertissement. Il comprend principalement un restaurant ainsi qu'un salon de lecture et un salon des petits chevaux. À partir de celle-ci, les abonnés peuvent accéder au Cercle qui comprend une salle de baccara et une salle de bridge ("jardin d'hiver"). Le Code pénal (1810) et la loi du 21 mai 1836 interdisent l'exploitation publique des jeux. À Besançon comme dans les autres stations thermales françaises, l'activité est donc seulement "tolérée" jusqu'en 1907 (voir annexes). Dans une délibération du 8 février 1908, en application de la loi du 15 juin 1907 (donnant un cadre réglementaire aux jeux) et du décret du 21 juin 1907 (relatif à l'instruction des demandes d'autorisation des jeux), le conseil municipal autorise officiellement la Compagnie des Bains salins de la Mouillère à exploiter les jeux sur le territoire de la commune, pour une durée de six ans. Dans le cahier des charges, elle prévoit que la Compagnie versera chaque année, au bureau de bienfaisance, 10 % du produit des entrées du casino et une somme de 15 francs par représentation théâtrale. La compagnie doit aussi organiser à chaque clôture de saison, une fête de bienfaisance dont les profits sont réservés aux pauvres de la ville. De nouveaux arrêtés sont régulièrement pris dans les années qui suivent. Ils fixent les dates d'ouverture et de fermeture de la saison des jeux (qui commence le 1er mai ou le 1er juin et se termine le 30 septembre). Ils précisent également quels jeux sont autorisés, ainsi dans l'arrêté du 6 mai 1914 : les petits chevaux, le baccara à un seul tableau (chemin de fer), le baccara à deux tableaux (banque) et plusieurs jeux de cartes (whist, bridge, bésigue et piquet).

L'édifice abrite aussi des expositions temporaires d'art contemporain. La première se tient dès le mois d'aout 1892 (voir annexes). Le peintre Émile Isenbart envoie cinq tableaux, le peintre Jean Ender et son épouse en exposent quatre. L'année qui suit la mort d'Isenbart, survenue le 21 mars 1921, c'est également dans les salles du casino que se tient la grande rétrospective consacrée à ce peintre.

De l'acquisition par la Ville (1933) au début de la guerre (1939)

En 1932, le casino reste fermé en raison des difficultés de la Compagnie. Le 27 avril 1933, la Ville acquiert l'édifice. Dans les mois qui suivent, elle dissocie le casino-restaurant et la salle des fêtes en confiant leur gestion à deux concessionnaires différents : Pierre Mourry pour le casino-restaurant de 1934 à 1937, Ernest Fallet pour la salle des fêtes. La Société Ferrier-Delpis (SARL) est créée le 22 janvier 1937 : "La société a pour objet l'exploitation de tous casinos, cercles et établissements similaires, cafés, restaurants, hôtels et spectacles, et notamment du casino des Bains salins de la Mouillère, appartenant à la Ville de Besançon". Chacun des deux associés, Antonio Delpizzo dit Delpis, gérant, et Henri Ferrier, restaurateur, apporte la moitié du capital, qui s'élève à 100.000 francs. Le 14 juin 1937, Delpis cède ses parts à Claude Chapulliot. L'entreprise prend le nom de Société Ferrier et Compagnie (en 1937) puis de Société du Casino des Bains salins de la Mouillère (à partir de 1938). Dans le bail de 1937, le prix de la location du casino-restaurant s'élève à 125.000 francs par an ; celui de salle des fêtes à 25.000 francs. Au cours de cette période, la Ville fait exécuter quelques travaux de faible importance dans l'édifice, concernant notamment les cuisines du restaurant.

En raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le casino cesse son activité en septembre 1939. Le bâtiment est endommagé lors de la destruction du pont de la République en juin 1940, puis il est occupé par les troupes allemandes de juin à septembre 1940, ce qui occasionne d'autres dégâts. Il est de nouveau victime de dommages lors de la seconde destruction du pont en septembre 1944. Au sortir de la guerre, le coût des travaux de réparation de l'édifice (non comprise la salle des fêtes) est estimé à 2.200.000 francs. Les travaux n'ont lieu qu'en 1947.

Société fermière de l'établissement hydrominérale et du casino (à partir de 1947)

Le bail de la Société du Casino des Bains salins de la Mouillère a expiré le 30 avril 1940. Dans sa délibération du 14 juin 1947, le conseil municipal décide de mettre fin à la gestion en régie directe de l'établissement thermal. Il envisage désormais la concession d'un ensemble comprenant à la fois l'établissement thermal, le casino-restaurant et la salle des fêtes. Le 22 décembre 1947, il choisit comme concessionnaire la Société fermière de l'Établissement hydrominérale et du Casino de Besançon-la Mouillère (SARL dont les statuts sont déposés le 20 décembre 1947). Jean Steiner est président de son conseil d'administration. Le cahier des charges fixe la durée de la concession à 17 ans et 10 mois à compter du 1er mars 1948 et engage le concessionnaire à remettre en état l'établissement thermal dans un délais de cinq années.

Dans une délibération du 5 décembre 1955, le conseil municipal autorise la Société fermière à réaliser d'importants travaux dans le casino-restaurant, pour un montant d'environ 20 millions de francs. Cette dernière prend en charge le coût des travaux en échange d'un abaissement du loyer de 1.200.000 francs à 1.000.000 francs et d'une prolongation de son bail jusqu'au 1er novembre 1973. Selon toute vraisemblance, la destruction de la quasi totalité des décors intérieurs de l'édifice date de cette époque. Ces derniers ne sont aujourd'hui connus que par des photographies anciennes. Les cinq tableaux du restaurant ainsi qu'un tableau de la salle des petits chevaux sont récupérés par la Ville.

Société touristique et thermale de la Mouillère (à partir de 1966)

Un traité du 12 juillet 1966 attribue l'exploitation du casino-restaurant et de la salle des fêtes à la Société touristique et thermale de la Mouillère, au capital de 800.000 francs. Le cahier des charges prévoit que la salle des fêtes soit en priorité affectée à la réception de congrès. Dans les faits, elle sert exclusivement de salle de cinéma dans les années qui suivent. Dans sa délibération du 6 février 1976, le conseil municipal décide donc de dissocier définitivement la gestion du casino-restaurant et celle de la salle des fêtes, qui passe en régie directe. La concession du casino-restaurant se poursuit sans interruption jusqu'à la fin du 20e siècle (contrats en 1992 et 1996).

De nouveaux travaux d'aménagement intérieur sont réalisés autour de 1981-1982. Conduits par les services techniques de la Ville, ils consistent notamment à agrandir le night-club et à déplacer les cuisines du restaurant. Si des vestiges des décors intérieurs subsistaient à cette époque, on peut supposer qu'ils ont été détruits ou déplacés. C'est le sort subi par la cheminée aujourd'hui dans le foyer du Kursaal (édifice également en travaux dans les même années) dont on sait qu'elle provient du casino-restaurant, vraisemblablement de la salle de baccara. Quelques années plus tard, les toitures sont entièrement refaites. Le procès-verbal de réception des travaux pour la partie centrale est daté du 7 mai 1987, celui des "ailes des boîtes de nuit" du 8 mars 1988. La toiture du centre dramatique national est refaite dans un dernier temps. Enfin, une nouvelle façade vitrée est créée devant le restaurant, formant un avant-corps, autour de 1993-1994.

L'initiative de la construction du casino-restaurant revient à Achille Viallate. Les statuts de la Compagnie des Bains salins de la Mouillère sont déposés le 14 janvier 1891. Le projet est élaboré par l'architecte Maurice Forien, dont la signature apparaît sur la façade de la salle des fêtes, avec la date d'inauguration (1892). L'entrepreneur Pateu sous-traite à Th. Sauvanet une partie de la construction. Les colonnes en fonte du "jardin d'hiver" (salle de bridge) sont de l'entreprise d'Antoine Durenne, à Sommevoire (signature). L'édifice est acquis par la Ville le 27 avril 1933. Il est exploité par des concessionnaires : Pierre Mourry (de 1934 à 1937), la Société Ferrier-Delpis qui devient Société Ferrier et Compagnie puis Société du Casino des Bains salins de la Mouillère (de 1937 à 1939), la Société fermière de l'Établissement hydrominéral et du Casino de Besançon-la Mouillère (de 1947 à 1966) et la Société touristique et thermale de la Mouillère (à partir de 1966). À la suite des dégâts occasionnés durant la Seconde Guerre mondiale, liés aux destructions du pont de la République et à la présence des troupes d'occupation, des travaux de rénovation ont lieu en 1947. Une première grande campagne de transformation a lieu après 1955. Selon toute vraisemblance, la destruction de la quasi totalité des décors intérieurs date de cette époque. Ces derniers ne sont aujourd'hui connus que par des photographies anciennes. Les cinq tableaux du restaurant ainsi qu'un tableau de la salle des petits chevaux sont récupérés par la Ville. Une seconde grande campagne de transformation a lieu autour de 1981-1982. Si des vestiges des décors intérieurs subsistaient à cette époque, on peut supposer qu'ils ont été détruits ou déplacés. C'est le sort subi par la cheminée aujourd'hui dans le foyer du Kursaal (édifice également en travaux dans les même années) dont on sait qu'elle provient du casino-restaurant, vraisemblablement de la salle de baccara. Quelques années plus tard, les toitures sont entièrement refaites. Le procès-verbal de réception des travaux pour la partie centrale est daté du 7 mai 1987, celui des "ailes des boîtes de nuit" du 8 mars 1988. Enfin, une nouvelle façade vitrée est créée devant le restaurant, formant un avant-corps, autour de 1993-1994. L'édifice est aujourd'hui encore la propriété de la Ville. Il est exploité par le groupement d'intérêt économique JOA.

  • Période(s)
    • Principale : 4e quart 19e siècle , porte la date, daté par source
    • Secondaire : 3e quart 20e siècle , daté par source
    • Secondaire : 4e quart 19e siècle , daté par source
  • Dates
    • 1892, porte la date, daté par source
  • Auteur(s)

L'édifice a un plan en H, en tant compte de la salle des fêtes. Il s'élève sur un rez-de-chaussée et un étage. Il comprend également un sous-sol (remise) et un comble non aménagé. Il est construit en pierre. Les murs sont assez largement recouverts de parement de brique colorée. Les façades sont ornées de décors sculptés, en pierre et en céramique polychrome. Il possède une charpente en bois. Les toits sont couverts d'ardoise. La tourelle contient un escalier en bois à jour central ; elle est couverte d'un dôme de plan carré.

  • Murs
    • pierre
    • brique émaillée
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan régulier en H
  • Étages
    sous-sol, rez-de-chaussée, 1 étage carré
  • Élévations extérieures
    élévation à travées
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • toit à deux pans
    • dôme carré
    • croupe
  • Escaliers
    • escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en charpente
  • Techniques
    • sculpture
    • céramique
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler