L’ensemble de la fabrique d’outillage E. Ducommun et Marti est créé par la société en nom collectif fondée à Montécheroux le 28 août 1911 par Ernest Ducommun (1857-1928) et son gendre Ernest Marti (1881-1959). Le premier, qui fait apport de son établissement (matière première et outils ébauchés ou achevés) estimé à 40 000 F, est l’un des fils de Nicolas Ducommun dit Véron (Pierre Nicolas, 1815-1892), cultivateur et limeur, à l’origine en 1848 d’une fabrique d’outils d’horlogerie (1 rue des Raichênes). Suisse né à Sumiswald (canton de Berne), le second, qui apporte un capital de 20 000 F, est alors employé comme comptable par la fabrique d’outillage Hugoniot-Tissot (par la suite Hugoniot-Perrenoud).
La nouvelle société se dit successeur des maisons Nicolas Ducommun, Ernest Ducommun Fils et Louis Gueutal et Fils. Cette dernière est la plus ancienne : elle fait remonter son origine à 1802, date de sa création par Nicolas Gueutal (Pierre Nicolas, 1783-1868), dont l’affaire a été poursuivie par ses fils, "forgeurs" (forgerons) : Pierre Nicolas (1809-1871) - établi aux actuels n° 45-47 Grande Rue -, Jacques dit le Sec (1818-1877) et Louis (1821-1878) - sur le site paternel aux 49-53 Grande Rue. Louis est rejoint par son fils, également prénommé Louis (1847-1916) ; la raison sociale de leur entreprise, qui disparaîtra au décès de ce dernier en 1916, est "Maison Louis Gueutal et Fils - Ancienne maison Nicolas Gueutal et Fils, fondée en 1802".
A son décès, Ernest Ducommun prend la suite de son père. Il fait bâtir vers 1894 une habitation (avec hangar et forge), au 18 rue de Saint-Hippolyte, puis achète avec son associé, à l’issue de la Première Guerre mondiale (ou à partir du décès de Louis Gueutal fils en 1916 ?), diverses propriétés de la famille Gueutal, situées au carrefour de la rue de la Planchette et de la Grande Rue.
A commencer par trois maisons rue de la Planchette. Celle au n° 1 (cadastrée D 35 en 1830 et appartenant alors à la famille Schom) avait été acquise vers 1894 par Louis Gueutal fils, qui l’avait agrandie à la toute fin du siècle avant de faire bâtir à côté, au sud-ouest (sur la parcelle D 36), une maison dotée d’un atelier. Celle au n° 3 avait été construite en 1860 pour son oncle Jacques Gueutal dit le Sec.
Grande Rue, deux sites appartenant à Louis Gueutal fils passent aux mains des associés. Le premier (n° 49 à 53), certainement le lieu de création de la fabrique de Nicolas Gueutal, réunit sur la parcelle D 520 une maison (n° 49) - édifiée en 1786 pour le père de Nicolas - et une grange (n° 53) - rebâtie en 1853 -, et sur la parcelle D 521 une forge - plus ancienne. Le second site (n° 55 et 66) abrita David Pierre Brandt (1795-1866) - un petit-fils de ce Jonas Brandt réputé être l’introducteur de la fabrication des outils d’horlogerie à Montécheroux - et la famille Mélières. Il se compose d’une habitation (n° 55) - rebâtie en 1860 par Jacques Mélières et succédant au(x) bâtiment(s) cadastré(s) D 522 à 526 - dans laquelle Ducommun et Marti installent leurs bureaux, d’une forge - édifiée en 1870 (D 529) -, de trois petits dépôts et d’un atelier de trempe.
Vers 1920, la société fait édifier une usine rue de la Planchette, à l’arrière des bâtiments existants. Possédant à cette époque une "fabrique d’outils, polissoirs" à Liebvillers, elle fait aussi vers 1927 construire un atelier de polissage de l’autre côté de la Grande Rue (sur le site aux n° 55 et 66). Elle se distingue parce que, durant cette décennie, elle est la première usine électrifiée de Montécheroux (1923) et que ses ouvriers travaillent à temps complet en usine alors que le travail à domicile est encore la norme. Elle emploie 97 personnes en 1926, 40 en 1930. Un encart publicitaire de 1939 fait référence à une autre unité à Laissey (celle de la société Bost ?). En 1949, elle fait partie de l'Association des Fabricants de Pinces et de Tenailles (AFPT), avec les Ets Hugoniot-Perrenoud et Cie, René Amstutz à Villars-sous-Dampjoux, Bost Frères à Laissey, Manufacture de Douvot à Ougney-Douvot et Manufacture d'Outillage Amstuts à Hérimoncourt.
En 1952, la Sarl (au capital de 10 000 F) a pour raison sociale "Anciens Ets E. Ducommun et Marti - E. Marti successeur". Dirigée par René Marti, le fils d’Ernest, elle compte 90 ouvriers en 1960 : 70 à Montécheroux et 30 dans une filiale (Marti et Muller) à Rantigny (Oise). Très tôt dotée d’un dépôt à Paris (les Ets R. Delafontaine, au 109 rue Amelot dans le 11e arrondissement en 1952), elle exporte (sous la marque EDM) de l’outillage à main dans le monde entier : Suisse, Etats-Unis, Mexique, Inde, Afrique du sud, etc.
Le 10 novembre 1967, l’affaire est acquise par l’autre grande entreprise de Montécheroux : la société Hugoniot-Perrenoud et Cie. Achetée par Peugeot en 1958 et contrôlée par sa filiale Aciers et Outillage Peugeot (AOP), fondée en 1966, celle-ci devient le 28 décembre 1966 Forges de Montécheroux (FMX), sous la direction de François Armbruster. Dans le cadre d’une restructuration d’AOP, de 1981 à 1983, elle n’est plus en janvier 1983 qu’un simple département de la Sicfo (Société industrielle et commerciale français d’Outillage), filiale d’AOP qui, en difficulté financière, la vend dès 1984-1985. Elle donne alors naissance à une éphémère Société industrielle de Montécheroux, qui fait aussitôt faillite.
Rachetée l’année suivante par Bernard Chaney, auparavant directeur d’une fonderie à Besançon, elle redémarre comme Sarl FMX. En 1987, près des neuf dixièmes de la clientèle sont Français ; les clients étrangers sont Anglais, Suisses, Grecs, Espagnols, Marocains, Argentins, etc. La société désaffecte les bâtiments situés de l’autre côté de la Grande Rue et en rapatrie l’activité dans l’usine. Elle démolit aussi un ancien atelier Gueutal, daté de 1911 environ (sur la parcelle D 36), dont elle donne le four au musée de la Pince, installé au 12 rue de la Pommeraie dans une ancienne unité d'Hugoniot-Perrenoud.
En 2000, la société FMX quitte le village pour les locaux des Ets Schligler, à Meslières. L’usine est ensuite convertie en logements, ce que sont aussi restés ou devenus les bâtiments aux 3 rue de la Planchette, 49, 53 et 55 Grande Rue, et 18 rue de Saint-Hippolyte ; deux forges et l’atelier de polissage subsistent.
Poupard, Laurent. Chercheur au service Inventaire et Patrimoine de la Région Bourgogne-Franche-Comté, 1987-